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vendredi, février 3, 2023

La vie et l’œuvre de Elhadj Ahmed Dem de Sokone

El Hadji Ahmed Dem est né en 1890 dans le village de Mankalouba dans le département de Sedhiou dans la région de Casamance. Il est le fils de Mouhammadou Lamine Bara Dem et de Sokhna Aminata Diallo. Son père décéda très tôt avant qu’il atteigne l’âge de 5 ans, avant de quitter ce bas monde il laissa en guise de testament une recommandation pour confier sa famille à son frère Mouhamed Yacine Dem de Gouyso. C’est d’ailleurs ce dernier qui est venu récupérer El Hadji Ahmed Dem pour le conduire à Gouyso, et c’est là-bas qu’il apprit le Coran jusqu’à la maîtrise complète du texte sacré. Il termine ses études coraniques à 12 ans et revient à Gagué Chérif.
Connaissant parfaitement le Coran, il décida alors d’aller au Fouta Toro pour se cultiver
El Hadji Ahmad Dem Sokone a côtoyé une kyrielle de savants au Fouta pour approfondir sa maîtrise des sciences Islamiques.
En 4 ans, il séjourna successivement à :

  • Médina Ndiathbé (Podor): avec comme maître Alpha Mamadou Aw. Il apprit le livre « RISSALA ».
  • Walaldé près de Kaskas (Podor) avec comme maître Thierno Ibrahima Aw, frère de Alpha Mamadou Aw. Il apprit l’astronomie et les mathématiques ainsi que la Tariqa Tijaniya.
  • Nguidjilone (Matam) avec comme troisième maître Thierno Yoro Bal. Il apprit « HAMZIYA ».

El Hadji Ahmed Dem était aussi polyglotte, Il s’exprimait en sept langues parmi lesquelles l’arabe, le pulaar, le mandingue, le wolof.
El Hadji Ahmadou Dem a redigé un nombre incalculable d’ouvrages. Il fait partie des premiers savants à avoir écrit que l’énergie solaire pouvait être utiliser sur terre. El Hadji Ahmed Dem a écrit un traité sur la grammaire, Avertissement aux déments : Tanbikhul Aqbiya Benediction de dieu l’unique : Rakhmatul Ahad Conseil à la fratrie : Nassikhatul Ikhwan Découverte de la voûte céleste : Kachifatul Khijab Défendre les hommes vertueux contre les calomnies des vicieux : Tanfissu Saalikhin an Wachawichi Talikhin Exercer les étudiants à la grammaire : Tamrinu Tulab L’éclat des deux lumières le collier précieux : Iqdu Samin lettre de divorce : Rissalatu Talaq lexique de mots peu usités en arabe : Garib fi Luqatil Arabiya livre sur l’âme: Kitab fi Rukh profit pour un bienfaiteur, questions et réponses sur la Tariqa Tijaniya (As ila wal ajuba ala tariqa attijaniya)recueil de sermons : Diwanu Khutb rendez-vous de la mode : Unwanu Turraz renouvellement des connaissances : Jalaa ul Fukhumvie d’Elhadji Omar Tall, vie du prophète Mohamed : Siratu Nabi, Il prit la décision de réaliser une oeuvre unique en son genre, intitulée : DIYAOU NAYIRAYNI, un commentaire du Coran qui revêt un caractère universel car toutes les branches du savoir humain y sont abordées : mathématiques, astronomie, sociologie, philosophie, géographie, etc.
A l’époque de son voyage à la Mecque, le voyage était très tumultueux, la majeure partie des hommes qui se rendirent aux Saintes mosquées écrivaient leur testament avant de partir. El Hadji Ahmad Dem est parti à la Mecque dans des conditions très pénibles, en affrontant les coupeurs de routes et chaleur intense. Il effectua le pèlerinage à la Mecque et étudia à Bagdad le rite Malékite et enseigna à Acre (Palestine).

El Hadj Ahmed Dem a construit une mosquée, creuser un puit, cultiver des champs et il a formé des disciples qui étaient disséminés un peu partout jusqu’en Gambie.
Le Maître Seydi Hadji Malick était le Maître de El Hadji Ahmed Dem Sokone dans le domaine ésotérique, dans le domaine du Tassawouf, et dans la Tariqa Tijane. C’est le savant El Hadji Salif Dia qui était aussi l’imam de Sokone qui a emmené El Hadji Ahmed Dem à Tivaouane. Mais à la surprise générale le Maître Seydi Hadji Malick demanda à El Hadji Salif Dia de ne plus diriger la prière de El Hadji Ahmed Dem, le Maître lui dit que désormais El Hadji Ahmed Dem devait diriger toute les prières.
De retour au bercail, imam El Hadji Salif Dia rassembla tout le monde et leur fit part des recommandations du Maître Seydi Hadji Malick Sy. D’aucuns ont accepté et d’autres ont refusé. Mais malgré le refus de certains, la mesure fut appliquée. Depuis lors, l’imamat est resté entre les mains de la famille Dème.
El Hadj Ahmed Dem raconte dans un de ses ouvrages qu’un jour pendant qu’il était malade il se rendit auprès du Maître Seydi Hadji Malick, il lui demandait des questions en Wolofs et le Maître répondait aux questions en Wolofs mais lui consignaient toute les réponses du Maître en Arabe.
El Hadji Ahmed Dem Demanda au Maître Seydi Hadji Malick si les colons devaient prendre une mesure en contradiction avec les principes de l’Islam et de la Chariah, quel devraient être leur postures. Il lui demanda aussi si les colonisateurs ont libérés le pays sur la base de la Chariah, le Maître répondit par la négative à cette question en lui disant que les colons n’ont pas libérés le pays se basant sur la Chariah. Le Maître lui fait savoir que c’est le Créateur qui protège la Chariah et que le colonisateur aussi puissant qu’il puisse être n’a aucun pouvoir sur cette dernière.

El Hadji Ahmed Dem écrivit que c’est le Maître Seydi Hadji Malick Sy qui lui a remis l’Ijaza Mutalaqq (certification) qui lui permettait de remettre le Wird Tijane et des Ijazas à toute personne qu’il aura jugé apte à la recevoir.
El Hadji Ahmed Dem venait rendre visite assez souvent au Maître Seydi Hadji Malick accompagnés de plusieurs de ces disciples.
El Hadji Ahmed Dem était aussi un proche du Maître Serigne Babacar Sy. El Hadji Ahmed Dem a aussi pris comme épouse une fille du Cheikh Abdou Hamid Kane disciple du Maître Seydi Hadji Malick Sy à l’image du Maître Serigne Babacar Sy. Le Maître Serigne Cheikh Ahmed Tijane Sy Al Maktoum prit la fille de El Hadj Ahmed Dem comme épouse en l’occurrence Sokhna Safietou Dem. Le disciple du Maître Seydi Hadj Malick en l’occurrence El Hadji Seydou Nourou Tall était un ami intime de El Hadj Ahmed Dem.
Il fonda son propre village qui porta le nom de Médina Elhadji Amadou DEME ou Ndémène à 7 km de Sokone.
Toujours en fonction du nombre de ses disciples, il fonda un second village Ndémène II. Les disciples s’organisèrent et créèrent des champs collectifs pour le dispenser des travaux champêtres. Un jour, il recensa 55 champs.
Cependant, il se contenta du produit de ses champs personnels pour nourrir sa famille et distribua la production totale des 55 champs aux nécessiteux. D’ailleurs, dans le souci de libérer les disciples, il leur proposa un jour de mettre fin à ces champs collectifs mais se heurta à leur refus catégorique.
La première mouture de son œuvre majeure fut achevée en 1949 jusqu’en 1959 où il termina la correction de son oeuvre et la mouture finale.

Le 4 avril 1960 (coïncidence avec la fête de l’indépendance), l’œuvre fut publiée par deux de ses amis : Ibou DIOP SANDICOLY et Elhadji Ousseynou SECK. Le Gouvernement, dirigé alors par Monsieur Mamadou DIA, donna l’ordre de l’imprimer.
L’œuvre fut envoyée à Tanger au Maroc mais considérant la grandeur d’une telle entreprise, l’imprimeur réclama l’aval du Gouvernement sénégalais. Le Gouvernement du Sénégal envoya alors le nommé Chérif NDIAYE à Tanger mais l’imprimeur trouva l’œuvre gigantesque (20 volumes de 2 kg et 450 pages chacun) et déclina son offre. L’œuvre fut transférée au Caire. M. Mahmoud Saltoute, Recteur de l’Universite Al Azar du Caire, demanda que l’œuvre soit vérifiée avant d’être imprimée. Douze (12) érudits furent choisis et chacun dans son domaine de compétence, pour examiner l’œuvre. Ils n’y décelèrent aucune erreur. Ils furent tellement contents qu’ils renoncèrent à la prime de 250 livres égyptiennes qu’ils réclamaient pour faire le travail. Elhadji Ahmadou DEME mourut le 10 décembre 1973 à 22 heures et fut enterré à l’ouest de sa mosquée. Il reçut de son vivant toutes les distinctions honorifiques du Sénégal : Chevalier- Commandeur de l’Ordre National.
Il est l’auteur d’environ vingt ouvrages sur l’islam dont « Dyahou Nayirayni » (L’Éclat du Soleil et de la Lune ou encore La Lumière des deux Lumières), une exégèse du Coran en 20 volumes ; ce texte propose une synthèse des commentaires antérieurs (Tabari, Tantawi, Naysaburi, Ibn Abass, Khurtubi, Baydawi, Rukhul Bayan, Jalalayni, Ibn Kassir, etc.), et inventorie l’ensemble des opinions des jurisconsultes (Mâlik ibn Anas, Ash-Shâfi’î, Ahmad Ibn Hanbal), sur les questions les plus controversées dans la religion Islamique.
Le ministre de la Culture et de la communication, Abdoulaye Diop, a remis, à la famille de El hadji Amadou Dème, 1075 exemplaires de la dernière mouture des 20 volumes de l’ouvrage «Diyahou Nayiraïni» rédigé par ce guide religieux entre 1938 et 1959. Le Diyahou Nayiraïni (Eclat du soleil et de la lune en français), est considéré comme l’une des plus grandes réalisations dans le domaine de l’édition religieuse au Sénégal.

Par Alphahim Mayoro

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